Articles de cordier_bernard

  • CONTROVERSE sur l'effondrement de la France

    CONTROVERSE

    D’après E TODD, la crise française pas un événement passager. (https://www.youtube.com/watch?v=KcJ39TOK3ns )

    On assisterait à un effondrement de la France et de l’Europe.

    Certes nous n’avons pas de majorité depuis les élections législatives anticipées de juillet 2024 mais ici le problème ne serait pas simplement l’absence de majorité, mais absence de légitimité.

    Car les projets reposent sur des promesses que personne ne croierait plus :

    - Gauche radicale : justice sociale, redistribution, progrès. Or la France aurait déjà un État providence massif et les dépenses sociales deviendraient insoutenables du fait de la démographie.

    - Centre : toute réforme, modernisation, recherche de compétitivité déclencherait des grèves massives.

    - Xtrm Droite : souveraineté, contrôle migratoire, identité nationale ne pourraient rassembler en France qui serait déjà un pays multi ethnique. Et on ne peut inverser cette réalité démographique.

    Gouverner deviendrait donc effectivement impossible car : pas de projet collectif cohérent, société fatiguée, trop fragmentée, trop polarisée.

    Donc la crise serait le produit d’une transformation démographique et anthropologique de long terme ainsi décrite :

    avec les 3 transformations majeures de la France entre 1960 et 2020 :

    - massification éducative → ne croierait plus ce que les élites nous dictent, ce qui épuiserait toute capacité de gouverner

    - effondrement de la famille traditionnelle → finie la famille stable avec héritage égalitaire, à l’origine de collectifs solidaires. Les individus ne seraient plus socialisés à accepter des obligations collectives. Cette société d’individus atomisés ne pourrait plus être gouvernée collectivement.

    - sécularisation radicale → Vérité supérieure et sacrifice individuel pour le bien commun ont disparu. Tout deviendrait négociable, relatif, contestable.

    Ces trois transformations auraient détruit la gouvernabilité de la France : perte des structures mentales qui permettaient jadis de former des consensus, d’accepter des autorités, de se mobiliser pour des projets collectifs.

    Concernant l’Europe qui s’est structurée autour de la France et l’Allemagne qui forment le moteur politique de l’UE. Aujourd’hui les deux sont bloqués, l’Allemagne est paralysée par sa crise économique (récession industrielle et dépendance énergétique, vieillissement démographique) et la France est paralysée par sa crise politique (incapacité à former un gouvernement stable et contestation permanente). Résultat, l’UE se retrouve sans direction.

    Pendant ce temps, les crises s’accumulent : migrations, inflation, tensions géopolitiques, transition énergétique. L’Europe ne pourrait résoudre ces crises et elle ne jouerait plus son rôle d’acteur géopolitique avec ses 450 millions d’Habitants et sa puissance normative globale. Faute de ce leadership, la fragmentation latente de l’Europe s’exprime sans restriction. L’Europe redeviendrait un agrégat de nations aux intérêts contradictoires incapables de coopération durable.

    La France peut-elle encore être gouvernée ?

    Structurellement ce serait NON

    Les réformes économiques conduiraient aux blocages, les politiques sociales seraient bloquées par les contraintes budgétaires et les marchés financiers, les politiques identitaires seraient bloquées par les divisions et les accusations de discrimination. Dans tous les cas l’opposition paralyserait l’action.

    Conclusion :

    La France serait entrain de devenir ingouvernable pour des raisons anthropologiques.

    Sur-éducation qui aurait créé un population hypercritique, les solidarités collectives qui seraient détruites par l’atomisation familiale, la sécularisation qui aurait éliminé toute transcendance. Tout cela de façon irréversible.

    Quelles issues possibles d’après TODD :

    1/ accepter l’ingouvernabilité et négocier des accords régionaux et temporaires. Renoncer à la vision de long terme. Des décisions finiraient par se prendre avec des délais plus longs.

    2/ oscillations entre phases de paralysie et phase d’autoritarisme. Le recours à un leader fort se ferait lors des crises majeures qui surviendraient. Le leader serait empêché lorsqu’à son tour il tenterait des réformes, etc.

    3/ enchaînement des crises qui conduisent à l’effondrement des institutions.

    Et aussi la France ne jouerait plus son rôle historique de leader politique de l’Europe.

    Le problème ne serait plus institutionnel mais anthropologique.

    La France ressemblerait de plus en plus à celle de la fin de la 4è république… qui se termine en 1958, donc avant les trois transformations anthropologiques majeures, mince, tout l’argumentation s’effondre.

    Par ailleurs, plus sur le fond de ce qu’on pourrait dire de l’argumentation sur l’ingouvernabilité de la France.

    1ère tentative :

    lien vers la Robustesse N°66 d’Olivier HAMANT

    Construire la robustesse N°66

    L’idée de la robustesse vous parle, mais elle vous parait bien romantique, parce que vous traversez actuellement une période de grandes fluctuations, et que vos marges de manœuvre sont très réduites. Que peut-on imaginer dans ce cas-là ?

    Premier point : « Si vous bloquez sur un problème, agrandissez-le » (Dwight D. Eisenhower). Pour trouver de nouvelles marges de manœuvre, il faut élargir le cercle. Par des interactions avec d’autres collègues, d’autres associations, d’autres territoires (mais aussi avec les non-humains, en mobilisant les services écosystémiques, eux-mêmes dépendant des alliances latérales de la biodiversité). Inutile d’ajouter que si ces liens ont été établies préalablement à la crise, il sera nettement plus facile de mobiliser ce cercle élargi.

    Dans cet esprit, la mutualisation des fonds, des outils ou des compétences, n’est pas une économie d’échelle ; il s’agit plutôt de se donner d’autres cordes à son arc, quand certaines cordes sont fragilisées. En d’autres termes, il est important de garder le cap sur le format « archipel » et non sur la pyramide centralisée. En pratique, cela peut prendre la forme d’un appel à projet compétitif que l’on fait dérailler, collégialement, en appel à commun, avec les groupes/associations qui répondent à l’appel.

    Ensuite, une période de crise appelle bien souvent un renoncement temporaire à la robustesse, pour assurer la continuité. Le plus important dans ce cas est de bien circonscrire la période de performance, avec une date de fin. Sinon, le risque est de considérer que le nouveau modèle plus performant est le bon (on passe la crise), alors que la prochaine crise demandera d’avoir un potentiel à dissiper, et donc un investissement préalable dans la robustesse. Il s’agit finalement d’être en anti-phase : de la robustesse quand tout va bien, pour autoriser de (courts) moments de performance dans la crise.

    Mais parfois, le blocage se trouve ailleurs : la gouvernance, l’actionnaire lointain, la culture de la performance… Comment créer les conditions dans lesquelles ces acteurs ne soient plus des freins ?

    La lecture de Saul Alinski (merci Stéphane Vanden Eede!), activiste américain des années de la grande dépression jusqu’au mouvement des droits civiques, peut être inspirante. En particulier, quand il promeut les alliances latérales pour encercler le cœur du système et le ringardiser. Il s’agit d’une forme de lutte sociale nettement plus joyeuse que la grève (puisqu’on élargit le cercle des alliances), non violente (pas de lutte frontale), et plus fiable (car un adversaire isolé ne peut pas rester un adversaire bien longtemps). Il s’agit presque d’une forme de jeu de go, une stratégie de transformation plus lente et plus robuste, car elle porte en elle sa propre inéluctabilité.

    Un exemple pour aller plus loin: Les districts industriels italiens: https://lnkd.in/dwbAHDCp

    2è tentative :

    La néguentropie de B STIEGLER et la non-calculabilité des transformations

    Au delà de la France, une bifurcation est nécessaire et inéluctable

    Voir https://www.youtube.com/watch?v=D3a3s58W63Y

    3è tentative :

    Les formes d’organisation déjà là.

    Voir le livre de Juliette DUQUESNE : Autonomes et solidaires pour le Vivant, S’organiser sans l’autorité de l’État.

    Où l’État fait partie du problème.

    https://www.youtube.com/watch?v=7ZBLFL-ua70

    4è approches avec deux remarques additionnelles :

    - Nous sommes dans une période inédite, donc un référencement au passé présente des limites : ce qui change radicalement est que nous n’avons plus de marges de manœuvre.

    - La référence à l’anthropologie est pertinente mais une approche en silo, en ignorant d’autres grands champs de la connaissance actuelle est non-pertinente.
    On ne peut se passer de faire référence à l’état des ressources globales. Si l’on se réfère au travail collectif sous la direction de Dennis et Donella MEADOWS mené en 1972 sur les limits to growth, en 2040 on sera passé dans un autre paradigme...

  • Retour camp alimentation du 21 au 23 octobre 2025

    Camp Alimentation du 21 au 23 octobre 2025 – Plancheville – Dancy 28800 – sykadap

    https://www.sykadap.com/agenda/mini-camp-alimentation.html

    Nous avons expérimenté la nouvelle moquette de récup approvisionnée par André , ce qui implique par ailleurs que nous utilisions maintenant des chaussons (et si vous oubliez les vôtres, il y en a à disposition et de différentes tailles dans le coffre en entrant à droite !)

    Dscn5992

    16 personnes participantes –

     

    Dscn5979 Dscn5986

    Accueil de quatre nouv-eau-elle-xs adhérente : bienvenue à Françoise, Martin, Solène, Claudine!

    Voir aussi la vidéo sur le plan torchis à Dancy du 21 octobre : https://www.youtube.com/watch?v=diIFay4FuNs

    Vous pouvez être informé-e- des rendez-vous prochains en demandant à rejoindre le groupe WhatApp Obs-Dancy (envoyez-nous un mail)

    Recettes testées

    Pesto ail- choux Bx- poivrons - noix
    Houmous avec pois chiches bio de Dancy
    Confiture tomates vertes
    Confiture de coings
    Noix du Brésil
    Couscous merguez frites Vs bouillies
    Gâteau salé russe
    Pizza maison au chèvre
    Fromage de chèvre de Touraille
    Tomme de Fadainville
    Pain au levain
    Clafoutis aux pommes du jardin parfumé au rhum arrangé
    Frichti aux haricots verts
    Kéfir parfumé aux fleurs de sureau
    Kombutcha
    Lactofermenté de légumes de printemps
    Et plein d'autres !

    Dscn5974 Dscn5985


    Recettes à proposer pour plus tard :


    Mafé (plat africain)
    Crêpes aux orties ( seront proposées lors de la fête du Gault de mai 2026). Recette gauloise proposée par Solène

    Crepes aux orties

    Récoltes de noix et de coings

    Dscn5988
    Dscn5989

    Luttes locales

    (qui feront l'objet du stand à la fête du Gault de mai 2026)


    Les éoliennes surnuméraires de Vilsix, de Meslay - le Gault
    La plateforme logistique XXL de Bonneval

    Visuel proposé par Françoise

    Numerisation 20251024 2 1

    Noté en vrac

    Un nouveau restaurant à Praville: La prasvillerie 'let it slow" 

    La possibilité de commander en ligne des coffrets cadeau de produits locaux à la boutique les vergers de Beauce à Bonneval

    A noter pour les semaines à venir

    L'atelier animé par Colette pour les enfants et les familles à Pierres le 31 octobre à 14h

    4528853911630819589

    La création d'un jeu ZAP taro sur la maladie psychique avec les soignants et les personnes concernées de l'hôpital de Bonneval à partir de novembre et sur début 2026
    Si vous souhaitez participer à ce processus créatif, dites-nous le par retour mail

    Le déplacement du poulailler mobile chez André en novembre

    Le transfert de 3 canes coureuses chez Marie

    La création d'un jardin des simples à Dancy incluant un carré de légumes perpétuels (poireaux, ail, chou daubenton, etc.)

    Un film iranien bientôt au cinémobile à Patay & à Auneau le 15 nov 17h45; à Iliers le 11 nov et à Courville le 12 nv  / un simple accident de Jafar Panahi

    Des soirées Zap taro en Novembre à Courbehaye le 13 et Nottonville le 19, à 18h
     

    Numerisation 20251025
    Numerisation 20251025 2

     

    Le spectacle où vous pourrez applaudir Jérôme

    Numerisation 20251024

    Et bientôt mes dates du spectacle proposé par André et sa troupe 'Mes chers enfants'

     

     

     

    CR rédigé par Bernard


     

  • De passage aux Résistantes

    Voici en pièce jointe les notes prises lors de plusieurs tables rondes auxquelles j'ai pu assister aux Résistantes.

    Notes sur les resistantesnotes-sur-les-resistantes.pdf (182.12 Ko)

    Association a4 article socialter ceux qui traversent la mer connaissent la terreassociation-a4-article-socialter-ceux-qui-traversent-la-mer-connaissent-la-terre.pdf (280.71 Ko)

     

    Sur l'accueil des migrants

    Sur le modalités de lutte

    Sur l'avenir de l'agriculture

    Des articles sont aussi disponibles sur le site de Reporterre qui retracent le fil des événements dans le Festival.

  • Duplomb dans la cervelle : où conduire notre agriculture et notre démocratie ?

    Article repris de Samuel BONVOISIN 

    Alors que nous approchons du plein cœur de l’été, et que toute la classe politique française aspire à des vacances (méritées?), un grain de sable est cruellement venu enrayer la machine : une pétition déposée en ligne sur le site de l’assemblée nationale deux jours après l’adoption de la loi Duplomb affole tous les compteurs.

    Cette loi, adoptée sans débat en séance publique à la faveur d’un tour de passe-passe orchestré par des députés macronistes et de droite, est présentée comme visant à « lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur ». Dans la pratique elle réautorise certains néonicotinoïdes à titre dérogatoire, remet en cause l’indépendance de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), facilite administrativement les projets de construction de mégabassines, relève les seuils maximum du nombre d’animaux pour les plus gros élevages, et réduit les pouvoirs de l’Office Français pour la Biodiversité (OFB).

    Ces derniers jours, on (re)parle donc dans les médias de l’acétamipride, un insecticide organochloré de la famille des néonicotinoïdes. On entend qu’il n’est pas aussi dangereux que cela puisque les autres pays d’Europe l’autorisent, qu’il n’existe pas d’alternative malgré plusieurs années de recherche, que s’il n’est pas ré-autorisé cela va provoquer une distorsion de concurrence avec les autres pays européens puisqu’il est autorisé ailleurs en Europe, que cela entraînera la disparition des filières françaises de production de betterave et de noisettes, et donc augmenter notre dépendance à l’importation de ces produits venant dans d’autres pays, ce qui réduira in fine notre souveraineté alimentaire et affaiblira notre agriculture. CQFD.

    Contenu de l’article

    Lancée le 10 juillet 2025, la pétition contre la loi Duplomb est en passe de franchir les 2 millions de signatures et est en train de battre tous les records.

    Dans ce contexte brûlant, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique (qui s’est dit défavorable à titre personnel à la réintroduction du pesticide) a annoncé qu’elle souhaitait que la fameuse ANSES (dont la loi Duplomb remet en cause l’indépendance - vous saisissez l’ironie) rende un avis sur le produit. La situation est encore plus savoureuse lorsque l’on sait que l’autorité a en réalité déjà mené ce travail à deux reprises, une première fois en 2018 et une seconde en 2021.

    Les experts, de leur côté, sont assez unanimes. Invités de la matinale de France Inter, Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS et Pierre-Michel Périnaud, médecin et président de l'association "Alerte des médecins sur les pesticides", sont très clairs sur les risques environnementaux (toxicité pour les insectes, pollution de l'eau) et pour la santé (la substance traverse la barrière placentaire et peut donc contaminer le foetus) qui sont selon eux suffisamment documentés pour que soit appliqué le principe de précaution.

    Bon. Maintenant que le décor est posé, prenons le temps de rembobiner ensemble cet argumentaire, et tentons de replacer ces éléments dans leur contexte pour mieux pouvoir nous positionner.

    L’acétamipride, ou se promener tout nu en hiver et réclamer des antibiotiques

    Que diriez-vous d’un être humain qui, se promenant nu en plein hiver, se plaindrait que ses problèmes de santé seraient la faute du virus de la grippe ? Vous le traiteriez de fou, et lui conseilleriez plutôt d’aller mettre des vêtements chauds ! Et bien figurez-vous que c’est exactement ce genre de situation qui se présente à nous aujourd’hui à propos de l’acétamipride.

    Les pratiques agricoles ont beaucoup évolué depuis la moitié du XXème siècle, et la modernisation de l’agriculture a eu notamment pour effet de modifier totalement les équilibres écologiques dans nos campagnes. La destruction des haies, le rebouchage des mares, l’agrandissement des parcelles, l’érosion massive liée à un labour de plus en plus profond et des terres laissées « nues » durant l’hiver ont eu comme conséquence la destruction des habitats, gîtes et couverts de la majeure partie de la faune et de la flore non-cultivée.

    Contenu de l’article

    Le puceron noir, vecteur du virus de la jaunisse de la betterave

    Or, ces équilibres écologiques s’organisent sous la forme de chaînes trophiques, où les vers de terre sont mangés par les oiseaux, les moustiques par des crapauds, et les pucerons… par qui au fait ? Et bien toute une variété d’oiseaux insectivores, ainsi que des insectes prédateurs tels que les chrysopes, syrphides, perce-oreilles, braconides, et bien sûr les coccinelles, dont la larve est connue pour en manger jusqu’à 300 par jour ! La chute brutale du nombre de ces « auxiliaires » (800 millions d’oiseaux en moins en Europe depuis 1980 selon Rigal et al. 2023 ; 95 % de la biomasse en insectes en moins en 20 ans selon Ziescher et al. 2023) laisse la place à des déséquilibres d’autant plus flagrants qu’ils mettent en lumière la fragilité de notre modèle agricole, et sa dépendance totale à la chimie de synthèse.

    Alors que dans un milieu riche et diversifié notre betterave serait mieux protégée du puceron (et donc du virus de la jaunisse dont il est le vecteur) par une formidable et complexe organisation écologique, la voici maintenant semée dans des « déserts » de biodiversité, si bien qu’elle ne peut compter que sur l’intervention du « tueur d’abeille » pour garantir sa « bonne santé ». Un peu comme si notre être humain dévêtu misait sur les antibiotiques pour passer l’hiver…

    Les alternatives existent bel et bien

    Alors que les débats en France sur l’interdiction des néocotinoïdes ont commencé dès 2007 (à l’occasion du Grenelle de l’environnement), les responsables de la FNSEA affirment n’avoir pas eu le temps de « trouver une alternative ». Et pour cause : si les équipes scientifiques de l’INRAE se penchaient il y a encore quelques années sur la recherche de substituts moins nocifs en remplacement des molécules incriminées et menacées d’interdiction, cette course de la reine rouge est en train de prendre fin depuis plusieurs années au profit d’approches plus systémiques : s’attaquer aux causes du développement immodéré du puceron plutôt que traiter les symptômes – d’autant que le puceron profite aussi des premières manifestations des changements climatiques liés à l’augmentation des gaz à effet de serre (c'est d'ailleurs la menace principale pour la filière selon les études réalisées dans le cadre du PNRI) : il apprécie nos hivers de plus en plus doux et nos printemps de plus en plus chauds.

    C’est ainsi que les chercheurs, se penchant vers des solutions plus écologiques, développent des approches basées sur un faisceau de méthodes de régulation des bioagresseurs : il ne s’agit pas ici de remplacer une molécule par une autre moins nocive, mais de reconstituer préventivement le maillage paysager (plantation de haies, creusement de mares), modifier les pratiques culturales (sélection variétale, mélanges variétaux, succession de cultures, associations de cultures…), et d’adopter curativement si besoin des mesures de lutte physiques (bâchage, filet, argiles, huiles, bandes pièges), biotechniques (confusion sexuelle, kairomones) ou biologiques (lâchers inondatifs ou inoculatifs, pulvérisation microbiologique).

    Contenu de l’article

    Illustration issue du rapport « Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles », Tibi A., Martinet V., Vialatte A. (coord.) et al. (oct. 2022)

    Pour aller plus loin sur le sujet, je vous recommande l’excellent travail réalisé par Tibi A., Martinet V., Vialatte A. (coord.) et al. (oct. 2022) dans leur rapport « Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles ». Je vous encourage aussi à regarder le webinaire « Interdiction des pesticides : quelles alternatives pour les agriculteurs ? », organisé par l'association Expertises Climat avec Aude Vialatte, directrice de l’UMR Dynafor – INRAE et Alexis Aulagnier, Centre Émile Durkheim - Sciences Po Bordeaux :

    Replay du webinaire, organisé par l'association Expertises Climat, à propos des pesticides. Animé par Agathe Lanté, responsable programme Agriculture & alimentation d'Expertises Climat.

    Un problème de santé publique… et de démocratie

    On peut s’inquiéter de la réintroduction de l’acétamipride, mais la teneur des débats qui ont entouré l’adoption de cette loi est plus inquiétante encore : nous n’avons pas encore pris la mesure de l’impact de notre modèle agricole sur le désastre écologique à l’œuvre. C’est notamment ce qu’on perçoit de la communication d’Emmanuel Macron, par la voix de Sophie Primas, porte-parole du gouvernement, à la sortie du conseil des ministres le 23 juillet dernier : "Il a rappelé que notre action politique, quelle qu'elle soit, y compris sur ces sujets agricoles, doit être notamment guidée par la science et que nous devons en même temps défendre nos agriculteurs" pour faire exercer "une juste concurrence", a-t-elle ajouté. Comme s'il y avait une opposition entre interdire l’acétamipride et défendre nos agriculteurs. Quel manque de hauteur de vue.

    Ce n’est pas défendre nos agriculteurs que de les encourager encore à transformer nos campagnes en déserts, pour mieux pouvoir nous intoxiquer au sucre raffiné (voir rapport de l’ANSES à ce sujet) et au Nutella (qui participe également à la déforestation dans les régions tropicales et exploite des réfugiés syriens dans les fermes de noisettes en Turquie), tout en les laissant en proie aux effets des changements climatiques (les études réalisées dans le cadre du PNRI montrent que c’est d’abord le changement climatique qui menace la filière betteravière), à la concurrence internationale et à la défiance populaire grandissante (comme le montre cette pétition).

    Défendre nos agriculteurs, c’est au contraire soutenir la conversion agro-écologique des filières de la betterave et de la noisette en proposant des prix rémunérateurs pour des productions de qualité, afin de limiter leur impact environnemental tout en réduisant la production à mesure que nous diminuerons le sucre et le gras dans notre alimentation. Nous réduirons ainsi également notre dépendance à l’importation de ces produits venant dans d’autres pays, ce qui augmentera in fine notre souveraineté alimentaire. Et au passage nous aurons des agriculteurs fiers de leur travail, et une nation fière de ses agriculteurs.

    Contenu de l’article

    Larve de coccinelle se nourrissant de pucerons

    Nous n’avons ni besoin de l’acétamipride, ni besoin d’un substitut aux néocotinoïdes. Nous avons besoin de haies, de mares, de sols vivants. Nous avons besoin de betteraves poussant dans des écosystèmes diversifiés, où les pucerons seront contrôlés par leurs prédateurs naturels. Nous avons besoin d’une agriculture basée sur l’intelligence du vivant, un savoir-faire ciselé par des milliards d’années d’une lente et patiente évolution qui conduit aujourd’hui l’être humain à avoir l’honneur de pouvoir co-évoluer avec les autres formes de vie sur cette planète, peut-être encore pour quelque temps. Tâchons d’avoir un peu plus de respect et de gratitude pour ce cadeau que la vie nous fait : par exemple en tournant au plus vite la page du modèle agricole des 30 « glorieuses » pour ouvrir celle de l’agroécologie.

    La bonne nouvelle, c’est que ce changement de paradigme est déjà là, bien présent dans notre pays. Ce sont les plus de 60.000 agricultrices et agriculteurs engagé.e.s en bio (chiffres de fin 2024), auxquels j’ajoute toutes celles et ceux qui ont mis en place des pratiques de conservation des sols, d’agroforesterie, d’hydrologie régénérative, de pâturages tournants… malgré une conjoncture peu favorable depuis quelques années. La pétition contre la Loi Duplomb est peut-être le signal qu’il est temps d’engager des politiques claires pour les soutenir et les encourager, y compris en ré-orientant les financements de la PAC en leur faveur. Réconcilier enfin santé publique, protection de l’eau, de la biodiversité et rémunération des agriculteurs, pour le bien de tous. C’est le sens de l’Histoire.

  • synthèse #Duplomb

    Pour signer la pétition c'est ICI

    Post de Célia Poncelin du 20 juillet 2025

    Alors que la pétition Duplomb pourrait faire 2 millions de signatures, voici 4 scénarios qui se dessinent sur son impact et la suite :

    1️ Un débat public est organisé en Assemblée nationale 

    Cette pétition peut faire l'objet d'un débat en séance publique sur décision des députés.
    La présidente de l'Assemblée s'est portée favorable à un débat, mais il faut qu'une majorité l'accepte.

    Mais : ce débat ne portera >> que sur la pétition << et non sur la loi Duplomb
    Donc, peu de chances de voir la loi abrogée avec la pétition seule.

    Mais, mais  2 autres mécanismes sont à l’œuvre :

    2️ Une possible censure de la loi par le conseil constitutionnel ?

    Le 11 juillet, les députés de gauche avaient déposé un recours, mettant en avant le fait que la loi était incompatible avec la préservation de l’environnement et le droit à la santé.

    Or, cette pétition ajoute une très forte pression sur le conseil constitutionnel, qui pourrait décider de la censurer

    Sauf que cet organe rend son jugement sur le recours, normalement sans tenir compte des autres facteurs "externes" comme une pétition…

    3️ Le président doit encore promulguer cette loi et pourrait ne pas le faire

    Voici une brèche intéressante : E. Macron reproche à l’Assemblée nationale de détricoter les avancées environnementales de son mandat…
    Sur le premier semestre, 43 reculs environnementaux ont été identifiés par Réseau Action Climat.

    Il se pourrait donc que le Président se saisisse de l’opportunité pour ne pas promulguer la loi (ce qui serait inédit), et ouvrir un débat de plus grande ampleur sur l’agriculture - car c'est bien tout le modèle qui doit évoluer!

    4️ Et pourquoi pas plus ?

    Au-delà de battre un record d'être la pétition la plus rapide et la plus signée en France, ce mouvement envoie un fort signal d'espoir et de positif.

    Partout, une vraie mobilisation émerge.
    Peu importe notre milieu.
    On entend que l'écologie ne mobilise plus. C'est FAUX !
    L'alimentation, l'agriculture et la santé nous concernent toutes et tous.
    Nous ne voulons plus voir de recul sur les avancées environnementales.

    Alors certains proposent même de lancer un référendum d’initiative partagée : si 10% du corps électoral (= 5 millions de signatures) soutient le projet, un référendum est organisé ! 

    Une chose est sûre : avec cet ampleur, plus personne ne pourra ignorer la voix du peuple. Ce n’est que le début 
    Car en 24h, le nombre de signatures a fait x2 : de 390 000 à 820 000.

    Alors, on ne lâche rien et en route pour 2 millions ?
    Ça enverrait un symbole très très fort, sans retour en arrière possible !

    P.S : ce post centralise tout ce que j'ai pu lire, entendre et analyser sur l'impact de la pétition Duplomb, cependant je ne suis pas experte en droit donc il peut y avoir des erreurs, n'hésitez pas à me le dire en commentaire